Tour EXO, La Chapelle, Paris

Maîtrise d'ouvrage : SOGEPROM

Statut: architecte en partenariat avec Brenac & Gonzalez

Programme:  2 Tours de logements+ socle SOHO + 1 commerce + parking souterrain

Mission : complète

Année : Livré en 2019

Surface: 18 000 m²

Budget: 27 000 000 € HT

Si la plupart des tours du projet « Chapelle International », telles qu’imaginées par les équipes de l’AUC, proposent un plan d’étage courant carré, la tour E2 télescope deux géométries urbaines dans une forme irrégulière. Elle est constituée de deux tours de nature différentes, emboitées l’une dans l’autre pour n’en faire qu’une.

-          La « tour urbaine », alignée sur rue face à des vis-à vis, propose un « mur perforé » de fenêtres sur un modèle traditionnel. Les ouvertures généreuses proposent une allège vitrée, et un ouvrant de grande largeur, totalement occultable par un volet en bois coulissant. Des loggias cachées derrière la façade offrent des extérieurs protégés des vues et des rigueurs du climat.

La chaleur des menuiseries et des volets en bois équilibre la rigueur d’une façade en béton brut de décoffrage qui, lorsqu’on l’observe de plus près, ciselle son apparente simplicité dans une modénature sophistiquée de murs imperceptiblement inclinés : les appuis de fenêtre s’étirent d’un ouvrant à l’autre en encorbellement apparent, pour créer des corniches d’une seule ligne d’ombre projetée à chaque niveau. En contrepoint, les volets coulissants, si confortables à l’usage, sont encastrés dans des niches dépourvues de rails hauts, afin d’épargner un profil métallique trop prégnant à l’ensemble bois-béton.

 

-          La « tour paysagère » est orientée sud-ouest en direction du sacré-cœur tout proche, en décalage d’environ 45° avec la trame urbaine nord-sud du quartier de la porte de la chapelle. Elle propose une structure très fine, sur une trame poteau-poutre de 40cm de large, qui ouvre généreusement tous les espaces intérieurs sur des paysages parisiens lointains et sans vis-à-vis. Des portes en bois vitrées jusqu’au sol offrent une transparence totale, à travers des garde-corps dessinés pour être pratiquement invisibles depuis les terrasses. Les biais proposés pour chaque façade en retrait développent des extérieurs de profondeur variable habitables sur toute la largeur des logements. Véritables prolongements des chambres et séjours, ils dilatent la sensation d’espace, et permettent des séparations efficaces avec les voisins.

Cette tour s’appuie en porte-à-faux sur un socle béton. Les 4 premiers niveaux fonctionnent comme une grande poutre treillis qui assure le contreventement et dont les diagonales marquent l’identité du bâtiment.

Dans les six derniers étages, la trame de béton se dilate en doubles niveaux. Les façades en métal reflètent alors la couleur du ciel qui se glisse aussi dans la géométrie oblique des retraits. L’ensemble se dilue alors dans l’azur…

 

Les enveloppes des deux tours ont été conçues comme des « exo-structures ». En effet, ce qu’il est convenu d’appeler les « tours-tubes » - à l’instar de leur manifeste :  la « Hancock Tower » de Fazlur Khan à Chicago – allège le poids du bâtiment d’environ 1/3 par rapport aux tours dites «Miessiennes» à noyaux de béton. Nonobstant l’économie financière et environnementale importante que cet allègement représente, les exo-structures offrent une flexibilité maximum puisqu’on peut reconfigurer dans le temps tous les espaces utiles, comme dans un immeuble Haussmannien à façade porteuse, mais aussi les espaces de distribution du noyau qui sont définis par des murs non porteurs.

La tour est structurée par une série de portiques parallèles à la façade sud-ouest, et espacés sur une portée très restreinte (env. 4m) qui permet un maximum d’économie de matière tant au niveau des plancher que des sections de poteaux.

 

Le béton armé, matériau extraordinaire constitutif de la plupart des chef-d’œuvres architecturaux du XXème siècle, pose aujourd’hui de sérieux problèmes environnementaux, que ce soit au niveau de la rareté de sa ressource principale, le sable, de son bilan carbone (réaction chimique intrinsèque en plus du combustible carboné nécessaire à sa cuisson) ou des difficultés rencontrées pour le recycler. La tour E2, plutôt que de le bannir, propose de réfléchir à une optimisation de son usage qui permette de tirer partit de ses propriétés uniques, tant structurelles que plastiques, économiques, de sa résistance au feu et au temps, avec le minimum de matière nécessaire. L’agence contribue ainsi à l’effort collectif actuel pour imaginer une alternative durable à un modèle de production appelé à évoluer significativement dans les années qui viennent.

 

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