Extension de la Maison Empereur n°1

PRIX CCIMP COMMERCE ET DESIGN 2013

Maître d'ouvrage : Privé

Mission : MOP

Statut : Mandataire

Projet : livré en déc. 2012

Budget : 280.000 euros HT

Surface : 500 m² à mettre aux normes et 300 m² en mission complète

Photographe : Philippe Piron + Maxime Molinari

Au cœur de Marseille, à l'entrée de Noailles, se trouve la plus vieille quincaillerie de France. L'échoppe a vu passer plusieurs générations de marseillais à la recherche de l'outil parfait depuis sa fondation en 1827. Nous avons eu l'honneur de participer au développement de ce morceau de patrimoine local.

 

Historique du projet

La maison Empereur en 2012

 

 

En 2012, la boutique occupe uniquement le RDC accessible depuis le Cours Saint-Louis à travers quatre locaux reliés par l'intérieur : La coutellerie, la cuisine, la moulerie et la quincaillerie historique. 

Ce développement tentaculaire avait déjà été amorçé depuis un moment par la gérante visionnaire Laurence Renaux-Guez. Héritière de la quincaillerie fondée par son ancètre Louis Empereur en 1827, elle rachète les locaux attenants un par un pour agrandir son Emporium, à la manière d'un négociant phocéen qui fonde des comptoirs (grec ancien emporion) le long de la côte.

Quelques années plus tôt, Julien avait rencontré Laurence dans le cadre du projet Maison des métamorphoses - la Beauté en Avignon. Une des installations nécéssitait 30 mètres linéaires de rideaux provençaux traditionnels en perles de bois et nous avions pour l'occasion vidé tout le stock de la Maison Empereur. 

À gauche du local historique se trouvait un local désaffecté sur deux niveaux :
Laurence décide de le racheter pour agrandir la surface du magasin et ouvrir de nouveaux rayons : Arts de vivre, vaisselle et jouets anciens.
Elle a sollicité l'agence pour l'accompagner dans cette nouvelle aventure.

Un local chargé d'histoire

Au XIXème siècle, la grande époque des bals musettes et thé dansants, ce local mitoyen de la Maison Empereur abrite une salle de bal. Tout proche du port et du cours Belsunce où se trouvait les auberges, cet espace social devait rassembler chaque soir les marins de passage et les marseillais des quartiers populaires du centre-ville. On peut imaginer que le père Empereur lui-même y a dansé la java plus d'une fois après ses dures journées de travail à la quincaillerie. 

Dans les années 1960, l'apparition des discothèques et du rock'n'roll ringardisent les salles de bal. Le local tombé en désuétude est revendu au Crédit Lyonnais qui la transforme en cantine d'entreprise. Au programme : doublages placo, faux-plafonds gauffrés, peintures beiges et roses, plateaux repas, verres duralex et plantes vertes en plastique. 

Elle gardera cet aspect jusqu'en 2008, quand l'effondrement d'un mur mitoyen lors d'un chantier rue du musée éventre la toiture. Le local est désaffecté.

 

Quatre ans plus tard en 2012, Laurence saisit l'opportunité de récupérer ce petit morceau de l'histoire locale.

État des lieux

Sous les couches successives d'aménagement et les outrages du temps, des inondations et des squats, le local a beaucoup de charme. En bas, un escalier monumental relie la rue à la salle à l'étage. En haut, de grands volumes, un plancher de bois patiné par les pas des danseurs au fil des années, un grand bar le long de la piste avec un grand miroir derrière, de la hauteur sous plafond, de belles boiseries et des prises de lumière généreuses sur la rue des Récolettes.

Principes architecturaux

Faire l'inventaire des pratiques et du bâti

Pour réussir le défi d'agrandir de moitié un espace mythique de la ville sans le dénaturer, il faut d'abord observer finement ce qui fait l'identité du lieu.
Empruntant à la sociologie ses outils, nous sommes allés décortiquer l'identité de cette institution centenaire.

La première chose que l'on voit, ce sont les produits. Ils sont la matière première du magasin :

 

             Suspendus, posés au sol, présenté dans des vitrines, posés sur des étagères ou des tables, disposés dans des casiers ou des penderies : tout le lexique de la présentation de produit est exploité pour mettre en valeur les produits selon leurs spécificités et les rendre accessibles. 

             Pas d'emballages. On voit le produit tel qu'il est. Pas de packaging ou de publicité. L'œil et la main peuvent se convaincre avant d'acheter.

             Une couleur neutre, le brun, recouvre toutes les surfaces. Bois, peinture, enduits, tissus. L'idée c'est encore une fois de mettre en valeur la marchandise. Sur ce fond chaud, les couleurs et les matières se détachent aisément.

             L'espace est fluide, on circule de table en table, d'univers en univers, chacun fait son parcours. Un souk organisé.

 

Et puis, entre deux rayonnages on repère un bleu de travail. C'est un vendeur de la Maison Empereur et il est là pour nous accompagner. Tel un guide dans les ruelles d'une medina, il connaît les secrets derrière les noms barbares et les formes incongrues des objets alentour et n'attend qu'une invitation pour nous raconter la fameuse histoire du savon à la bile de bœuf. Chez Empereur, l'oralité, la narration et la transmission sont des thèmes importants. Faire ses emplettes, c'est avant tout un moment de découverte et d'échange. Tout le monde en sort grandi.

Nous avons ensuite relevé finement l'existant. Pas seulement la salle de bal, mais aussi la boutique au RDC. La Maison s'étend sur plusieurs parcelles, au sein d'un îlot ancien aux multiplse histoires. Ce travail de spéléo minutieux nous a permis de remplir le gabarit visible depuis la rue et de mieux saisir les opportunités spatiales de ce site.

Restaurer la salle de bal

Le choix a été fait de retrouver le volume originel de la salle de bal.
Nous avons déposé les faux-plafond, les habillages placo.
Le sol originel, le grand escalier et le bar sont conservés et entretenus.

Lors du chantier, une marquise d'époque a été découverte sous la façade plaquée. Nous l'avons rénovée et mise en valeur

Aménager un paysage intérieur

Une fois révélée la générosité spatiale du lieu, nous avons mis en place le projet.

 

Tout d'abord, nous avons tramé le parcours pour créer des percées visuelles et des occasions de rencontre. Comme un petit urbanisme.

Ensuite, le parcellaire obtenu est aménagé avec du mobilier sur mesure et décline tout le lexique de la présentation produit : Des vitrines hautes, des vitrines basses, des crochets pour suspendre les produits, et une grande exposition murale au fond de la boutique.

Enfin, nous avons fait le choix de tout concevoir en bois pour conserver l'arrière-plan brun de la boutique originelle. Le flocage en plafond est lui aussi teinté pour réaliser ce all-over. Dans cet écrin qui fait ressortir tous les produits, nous venons renforcer l'effet via un éclairage précis des étals.

Et après ?

En 2015, MOA signe une deuxième extension de la maison Empereur. Il s'agit du musée Empereur. 

Découvrez le projet sur cette page !

Casting

Équipe de conception

Maison Empereur - Maîtrise d'ouvrage

MOA Architecture - Maîtrise d'Œuvre (Conception + Éxécution + OPC)

APAVE - BC

Entreprises de construction

TEAM CONSTRUCTION - Démolition, Maçonnerie, Peinture

COFIX - Étanchéité

DI Protection - Flocage

ETS Souchon - Électricité

CALFOUN - Alarme Infraction

MAUPAS - Ascenseur

ARTECH Bois - Menuiserie

Ferronnerie  de la Libération - Serrurerie

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